A Propos du Forum...

Nous étions nombreux, ce dimanche 18 juin 2006 au Monument aux Morts de la Résistance, square des Fusillés à Grenoble pour commémorer l’anniversaire de l’appel du 18 juin 1940. Cependant, les jeunes générations étaient peu représentées… par hasard ou indifférence, donnant peut-être raison à Alexis de Tocqueville qui il y a cent cinquante ans, notait déjà que, dans les démocraties, « l’amour des jouissances matérielles, la concurrence, la recherche de succès immédiat… font que l’égalité détourne les hommes de la peinture de l’idéal ».

De nos jours en effet, il devient démodé ou incongru de se souvenir du 8 mai, du 11 novembre ou du 18 juin… il est de bon ton d’ignorer le sacrifice des générations qui nous ont précédés et qui nous ont permis de vivre libres, en même temps qu’une outrecuidance puérile prétend soumettre des époques révolues à des valeurs contemporaines… Cette amnésie collective et ce révisionnisme historique ôtent peu à peu à la Nation, c’est-à-dire au peuple, donc à nous-mêmes, particulièrement aux jeunes générations, nos racines, nos épopées et nos légendes qui sont le ferment de l’action.
Se développe ainsi la crise d’identité qui nous submerge. Cette frustration inquiète face à un univers qui paraît menaçant, une mondialisation qui nous effraie, nous précipite vers l’instant où il faut choisir entre réforme et révolution, entre changement et aventure, et nous révèle le divorce croissant entre les Français et leur régime, entre les citoyens et les gouvernants, entre nous-mêmes et nos racines, entre nous-mêmes et les autres.

A tous les échelons de la vie publique, la crise politique s’affiche. Comment en douter ? L’abstention, l’extrémisation, le déplacement de la politique vers d’autres sites tels que « antimondialisme», « coordination citoyenne » ou « star académie » en sont la mesure…

C’est, je pense, fort de ce constat que le Forum Citoyen pour l’Alternance dans l’agglomération grenobloise peut prendre tout son sens et entrer en résonance avec l’ouverture au public ce vendredi 23 juin 2006, quai Branly à Paris, du Musée des Arts Premiers…

Etrange rapprochement me direz-vous entre la cérémonie de commémoration de l’Appel du 18 juin 1940, le Forum Citoyen pour l’Alternance et l’ouverture au public du Musée des Arts Premiers, eu égard à la différence de nature des évènements… en apparence, je vous l’accorde, mais en apparence seulement… Pour mettre en valeur les cultures non occidentales, l’architecte Jean NOUVEL a inventé une boîte magique. Ce musée qui ouvre, s’affiche plus comme un outil de communication entre les cultures et les peuples que comme une vitrine de prestige. Il s’articule en quatre grandes sections représentant l’Afrique, l’Océanie, l’Amérique et l’Asie. Les dieux, les ancêtres, les héros mythiques, les objets dédiés aux rituels du quotidien, les ornements et les vêtements traditionnels accueillent les visiteurs dans un espace ouvert, sans cloison, métaphore de la mondialisation et appel au dialogue… mais il ne pourra y avoir de dialogue que si il y a langage commun, références partagées…

A l’ouverture de cette institution, comment ne pas se souvenir de André MALRAUX qui dans « Les Voix du Silence » écrivait « à la petite plume de Klee, au bleu des raisins de Braque, répond du fond des empires, le chuchotement des statues qui chantaient au lever du soleil » et, si l’art est « la part victorieuse du seul animal qui sache qu’il doit mourir », comment alors oser tourner le dos à ceux que nous appelons des « étrangers », sans chercher à connaître d’eux autre chose que le reflet de nos ignorances et de nos peurs ? Comment ne pas chercher à nous voir en eux avec nos amours, nos espoirs et nos craintes ? Bon nombre de leurs ancêtres sont présents Quai Branly, à travers leurs objets, bon nombre de leurs parents ont entendu l’appel du 18 juin et participé à la libération de la France.

Depuis le 19 mai 2006, date de lancement du Forum Citoyen pour l’Alternance, j’ai voyagé au gré des 10 ateliers. J’ai été frappé par la qualité des réflexions, la densité des propos, le désir d’exprimer une autre manière de voir, de dire le « faire ensemble ».

C’est, je pense, au-delà de l’enthousiasme du moment et des considérations philosophiques, la promesse de ces rencontres.

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Henri BAILE maire de saint-ismier