Des Droits et des Devoirs

Peut-être que dans le domaine des affaires publiques, plus que dans tout autre, la vérité est relative, fragile, précaire ? Peut-être que la politique dont le premier matériau consiste dans les passions et les intérêts des hommes et dont l’objectif doit tendre vers l’action, comporte une part irréductible de calcul, de manœuvre, de séduction ?

Ce n’est pas une raison pour donner aux citoyens de l’émotion plus que de la raison, de l’image et de l’immédiat plus que de la réflexion et verser dans la « starification » du premier magistrat de la cité. Vouloir pianoter sur le clavier d’une incursion dans la vie privée, c’est un peu oublier la vie quotidienne des Grenoblois mais aussi accepter de parler de toutes les faces de l’épopée et ne pas avoir le blog sélectif…

Si les Grenoblois peuvent avoir été intéressés par les humeurs de la météo au sommet du Cho Oyu et les pensées de leur député-maire « en marche vers les sommets », ils ont aussi le droit d’avoir des réponses à leurs questions. La vie publique en démocratie doit faire une place centrale au rapport des dirigeants à la vérité.
Il semble donc naturel que la ville bruisse aujourd’hui des questions qui aujourd’hui brûlent les lèvres des Grenoblois, alimentent une rumeur mâtinée d’admiration, d’envie et de doute… d’autant que le livre bilan de l’activité des députés « Députés sous influence », publié chez Fayard, indique page 28 que « plusieurs maires de grandes villes sont en pointe pour l’inactivité au parlement » dont Michel DESTOT, P.S… Il est vrai qu’au regard des responsabilités qu’ils lui ont confiées, les Grenoblois se demandent :
1. Comment leur député, candidat au renouvellement de son mandat, peut-il s’absenter trois mois pendant la période où son parti élabore le programme de la législature ?
2. Comment leur maire peut-il être absent trois mois pendant la période stratégique où son équipe élabore le budget de la ville ?

Ses collaborateurs et lui-même ont choisi de médiatiser cette expédition, celle-ci apparaît dès lors comme le privilège d’un « milliardaire américain » au regard de laquelle toutes les hypothèses sont avancées :
1. A-t-il été sponsorisé ? par qui ?
2. Combien coûte le péage pour accéder à la zone d’expédition ?
3. Qui a financé le voyage en hélicoptère entre le camp de base et l’aéroport pour faire un aller-retour à Grenoble début septembre ?
4. Combien de caissons hyper bar ?
5. A-t-il, pendant cette période d’absence, abandonné ses indemnités parlementaires comme Maurice Herzog avait pu le faire ?
6. Combien de personnes à plein temps autour de lui ? médecins ? Sherpas ? Ingénieurs météorologistes ?

Certes, la rumeur est cruelle, peut être injuste et probablement blessante ? Mais n’est-elle pas la rançon du risque couru par le choix du « tout médiatique » au détriment de l’humilité ?

L’exploitation politique de l’évènement par l’un autorise l’exploitation par les autres et se banalise dans un système où l’image et le paraître l’emportent sur le sens.

Michel DESTOT a choisi de ne pas faire la rentrée des classes, de faire l’impasse sur la rentrée extraordinaire du Parlement, d’abandonner la responsabilité de la préparation du budget 2007 de la Ville de Grenoble à sa « majorité »…C’est son droit. Mais c’est aussi son devoir de tout dire dès lors qu’il a choisi de rendre l’évènement public et de quitter la sphère privée.

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