jeudi 29 juin 2006

La fuite en avant

Elément-clé de la gestion d’une collectivité, le compte administratif retrace les comptes réalisés au cours de l’année écoulée. On peut y voir l’architecture financière de la collectivité, évaluer sa santé financière, diagnostiquer les problèmes et proposer des évolutions. C’est dire l’importance de ce vote et des débats qui l’accompagnent.

La loi prévoit l’obligation d’informer les citoyens par la publication de ratios de gestion, mais vous ne trouverez ces derniers ni dans la gazette municipale, ni sur le site internet de la Ville de Grenoble… Est-ce parce que la situation devient de plus en plus préoccupante ?

Les déficits sont devenus chroniques :
la section d’investissement présente un besoin de financement de 6,5 M€ auxquels se rajoutent près de 5 M€ de déficit sur les restes à réaliser. Ce déficit de 11,5 M€ s’additionne au déficit de 2004 de 12,5 M€. L’excédent réalisé sur le fonctionnement ne permet évidemment pas de combler le trou ! Et cela, malgré la suppression du service de collecte des déchets transféré à la MÉTRO pour lequel les Grenoblois paient désormais un impôt.

Depuis plusieurs années, le budget de la Ville supporte une dépense de remboursement de l’annuité de sa dette supérieure à 32 M€. En 2005, celle-ci a encore augmenté pour atteindre un peu plus de 34 M€. Face à un tel montant, les résultats de l’épargne de gestion (recettes de gestion-dépenses de gestion) ne permettent plus ni de rembourser la dette, ni de financer les investissements. Dans ces conditions, la Ville devient structurellement dépendante de l’emprunt. Son épargne nette (Épargne de Gestion- Annuité de la Dette) tend vers 0 ou devient négative, comme cette année.

C’est dans une spirale infernale que la Municipalité se trouve engagée : chaque année, en moyenne 25 M€ d’emprunts nouveaux sont contractés pour des durées de plus en plus longues. Le ratio de désendettement dont la limite supérieure en termes de viabilité financière pour les collectivités locales s’apprécie autour d’une durée de 14 ans, dépasse largement ce seuil et voisine avec le chiffre inquiétant de 22 ans pour l’endettement du Budget Principal à lui tout seul.

Plusieurs budgets annexes comportent également des emprunts pour des montants élevés mais ne sont pas comptabilisés dans le Budget Principal de la Ville. C’est le cas des emprunts du CARGO et de ceux liés aux opérations économiques. L’addition de tout ceci donne le vertige… Outre l’État dont on connaît les difficultés financières, depuis peu la MÉTRO, mais aussi maintenant la RÉGION RHÔNE-ALPES réduisent leurs aides à la Ville. Avec la construction du stade, confrontée à de sérieux problèmes, la MÉTRO diminue, d’année en année, ses financements. Quant à la Région, les Verts, représentés en son sein, semblent bien décidés à faire payer à la Ville l’abandon du Parc Paul Mistral aux bétonneurs…

Finance grenoble : la fuite en avant
Lettre 17 - Henri BAILE Grenoble

dimanche 18 juin 2006

A Propos du Forum...

Nous étions nombreux, ce dimanche 18 juin 2006 au Monument aux Morts de la Résistance, square des Fusillés à Grenoble pour commémorer l’anniversaire de l’appel du 18 juin 1940. Cependant, les jeunes générations étaient peu représentées… par hasard ou indifférence, donnant peut-être raison à Alexis de Tocqueville qui il y a cent cinquante ans, notait déjà que, dans les démocraties, « l’amour des jouissances matérielles, la concurrence, la recherche de succès immédiat… font que l’égalité détourne les hommes de la peinture de l’idéal ».

De nos jours en effet, il devient démodé ou incongru de se souvenir du 8 mai, du 11 novembre ou du 18 juin… il est de bon ton d’ignorer le sacrifice des générations qui nous ont précédés et qui nous ont permis de vivre libres, en même temps qu’une outrecuidance puérile prétend soumettre des époques révolues à des valeurs contemporaines… Cette amnésie collective et ce révisionnisme historique ôtent peu à peu à la Nation, c’est-à-dire au peuple, donc à nous-mêmes, particulièrement aux jeunes générations, nos racines, nos épopées et nos légendes qui sont le ferment de l’action. Se développe ainsi la crise d’identité qui nous submerge. Cette frustration inquiète face à un univers qui paraît menaçant, une mondialisation qui nous effraie, nous précipite vers l’instant où il faut choisir entre réforme et révolution, entre changement et aventure, et nous révèle le divorce croissant entre les Français et leur régime, entre les citoyens et les gouvernants, entre nous-mêmes et nos racines, entre nous-mêmes et les autres.

A tous les échelons de la vie publique, la crise politique s’affiche. Comment en douter ? L’abstention, l’extrémisation, le déplacement de la politique vers d’autres sites tels que « antimondialisme», « coordination citoyenne » ou « star académie » en sont la mesure…

C’est, je pense, fort de ce constat que le Forum Citoyen pour l’Alternance dans l’agglomération grenobloise peut prendre tout son sens et entrer en résonance avec l’ouverture au public ce vendredi 23 juin 2006, quai Branly à Paris, du Musée des Arts Premiers…

Etrange rapprochement me direz-vous entre la cérémonie de commémoration de l’Appel du 18 juin 1940, le Forum Citoyen pour l’Alternance et l’ouverture au public du Musée des Arts Premiers, eu égard à la différence de nature des évènements... en apparence, je vous l’accorde, mais en apparence seulement... Pour mettre en valeur les cultures non occidentales, l’architecte Jean NOUVEL a inventé une boîte magique. Ce musée qui ouvre, s’affiche plus comme un outil de communication entre les cultures et les peuples que comme une vitrine de prestige. Il s’articule en quatre grandes sections représentant l’Afrique, l’Océanie, l’Amérique et l’Asie. Les dieux, les ancêtres, les héros mythiques, les objets dédiés aux rituels du quotidien, les ornements et les vêtements traditionnels accueillent les visiteurs dans un espace ouvert, sans cloison, métaphore de la mondialisation et appel au dialogue… mais il ne pourra y avoir de dialogue que si il y a langage commun, références partagées…

A l’ouverture de cette institution, comment ne pas se souvenir de André MALRAUX qui dans « Les Voix du Silence » écrivait « à la petite plume de Klee, au bleu des raisins de Braque, répond du fond des empires, le chuchotement des statues qui chantaient au lever du soleil » et, si l’art est « la part victorieuse du seul animal qui sache qu’il doit mourir », comment alors oser tourner le dos à ceux que nous appelons des « étrangers », sans chercher à connaître d’eux autre chose que le reflet de nos ignorances et de nos peurs ? Comment ne pas chercher à nous voir en eux avec nos amours, nos espoirs et nos craintes ? Bon nombre de leurs ancêtres sont présents Quai Branly, à travers leurs objets, bon nombre de leurs parents ont entendu l’appel du 18 juin et participé à la libération de la France.

Depuis le 19 mai 2006, date de lancement du Forum Citoyen pour l’Alternance, j’ai voyagé au gré des 10 ateliers. J’ai été frappé par la qualité des réflexions, la densité des propos, le désir d’exprimer une autre manière de voir, de dire le « faire ensemble ».

C’est, je pense, au-delà de l’enthousiasme du moment et des considérations philosophiques, la promesse de ces rencontres.

mardi 6 juin 2006

Ne pas trahir deux fois Henry BEYLE...

Bien connus sont les mots durs, sans concession, que STENDHAL a écrit sur Grenoble… Moins connues sont les pages de la Vie d’Henry Brulard ou des Mémoires d’un Touriste dans lesquelles l’auteur laisse transparaître une tendre émotion pour la ville de son enfance et de sa jeunesse.

Henry BEYLE est né à Grenoble en 1783, au premier étage du 14 rue Jean-Jacques Rousseau. Sa prime enfance s’y déroule dans un appartement bourgeois que l’écrivain évoque, croquis à l’appui, dans ses ouvrages bibliographiques… celui de son grand-père, le docteur GAGNON « au coin de la Grande Rue, en plein midi et '…' devant la plus belle place 'la place Grenette'…

Le 20 juin seront mis aux enchères, à l’hôtel Drouot, cinq « cahiers » autographes du journal de STENDHAL - d’une valeur de 900 000 € - qui manquent à l’ensemble patiemment constitué par les municipalités de Hubert DUBEDOUT et Alain CARIGNON, grâce à la sagacité du Professeur Vittorio DEL LITTO.

Il est valorisant pour Michel DESTOT, Maire, de communiquer son enthousiasme et de charger son adjoint à la Culture d’une mission de sauvetage… Il aurait été aussi pertinent de sauver le patrimoine immobilier stendhalien en rétablissant un lieu légitime, en proposant au conseil municipal une D.U.P (Déclaration d’Utilité Publique) pour reconstituer la totalité de l’appartement Gagnon, en ramenant dans le giron public les 300 m², aujourd’hui propriétés d’une société civile immobilière, et en offrant ainsi aux Grenoblois la façade qui donne sur la Grenette… plutôt que d’imaginer un musée Stendhal dans la maison de l’international, dans l’hôtel de Lesdiguières au jardin de ville…

Avec l’appartement natal, rue Jean-Jacques Rousseau, et l’appartement Gagnon reconstitué, Grenoble aurait sa maison d’écrivain et son lieu de mémoire.

Quant aux 900 000 € de mise aux enchères des cahiers, ils auraient pu être trouvés en économisant sur les 600 000 € dépensés pour l’inauguration de Minatec, les 500 000 € dépensés pour l’inauguration de Tram 3 et sur les milliers d’euros dépensés chaque jour en timbres, cartons d’invitation et petits fours à l’hôtel de Ville pour des vernissages ou des cérémonies dont on perd le sens tant elles sont nombreuses. Les économies permettraient aux Grenoblois de voir revenir dans leur ville les « Cahiers » autographes de STENDHAL.

Où est passé le dialogue social ?...

Il y a quelques mois, Messieurs DESTOT, MIGAUD et VALLINI, suivant la ligne de leur parti, critiquaient l’absence de dialogue social lors des manifestations anti-CPE… Ils criaient au scandale devant les charges de CRS…

Il faut dire qu’à Grenoble, leur décision de construction du stade d’agglomération au cœur du Parc Paul Mistral, contre l’opinion des Grenoblois, et la coupe des arbres sous haute surveillance, nous avaient déjà habitués au pire…

Les deux récentes inaugurations, celle du Tram 3 avec les pompiers en colère et celle de Minatec avec les antinanotechnologies, ont confirmé la tendance lourde des élus grenoblois à faire la fête entre eux et pour eux… au mépris du peuple…

Georges POMPIDOU aimait à citer le Sapeur Camenber « quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limite ». La formule pourrait utilement illustrer la situation grenobloise qui a vu le 20 mai et le 1er juin se consommer la rupture entre les élus locaux et les Grenoblois.

Si les inaugurations sont devenues la seule opportunité pour les citoyens de se faire entendre, quel dommage pour la démocratie locale… les élus socialistes feraient mieux d’écouter les voix des Grenoblois avant de les compter.