C'est MALRAUXqu'on assassine

Les ressorts citoyens sont usés. Une certaine droite gère les peurs, les gauches cultivent les humiliations. Chaque camp pouvant alternativement triompher dans l’euphorie d’une victoire éphémère, en fonction de l’actualité… Nous glissons vers les populismes.

Heureusement, jamais en mal de démagogie, les socialistes et leur candidat à l’élection présidentielle de 2012, François HOLLANDE, veulent «réenchanter le rêve français ».
«Vaste programme» leur rétorquerait le Général de Gaulle ! Mais ce serait ignorer qu’en matière de «réenchantement du rêve » Grenoble est devenue un laboratoire.

Député Maire de Grenoble, Michel DESTOT a fait mourir le festival de théâtre Européen dans sa vingtième année. Au fil des ans, il a fermé des théâtres dans les quartiers, réduit en euros constants les budgets des équipements culturels, l’aide à la création et les crédits alloués à l’éducation artistique en milieu scolaire.

Président du Conseil Général, André VALLINI se sert du budget de la culture comme variable d’ajustement pour équilibrer ses comptes. Sans concertation, il coupe 10% des crédits à la Maison de la Culture alors que celle-ci a déjà pris des engagements de programmation pour les saisons à venir.

Poudrés de bons sentiments, sûrs de leur supériorité morale, tous deux affichent l’insolence de ceux qui vantent la réussite fantasmée d’une politique culturelle, alors que celle-ci est en déshérence. L’heure est grave, car c’est par la culture, par l’héritage que s’installe la conscience politique, la reconnaissance.

L’école nous enseigne la connaissance, mais la culture nous apprend la reconnaissance. Si la connaissance relève du rationnel, la reconnaissance prend son sens en tant qu’attitude, sentiment vis à vis de soi et vis à vis de l’autre. Reconnaître, c’est considérer sa propre altérité par rapport à l’autre, prendre conscience que l’on est toujours soi-même l’autre de quelqu’un.

La reconnaissance donne matière à la diversité culturelle et artistique. Elle est l’essence même du politique et du vivre ensemble. C’est elle qui met en résonnance l’esprit et l’émotion, bouscule les préjugés. C’est donc elle qui peut être le catalyseur d’une conscience citoyenne. Voilà pourquoi, malgré les différends collectifs, individuels ou religieux, en raison même de ces différends, il faut placer la culture au cœur du projet politique.

Ministre d’État chargé des Affaires Culturelles, le 13 février 1968, il inaugurait notre maison de la culture par ces mots : « Dans sa lutte contre les puissances de l’instinct, la culture n’est pas l’accumulation des valeurs du passé, elle en est l’héritage conquis ». Aujourd’hui, à Grenoble, c’est Malraux qu’on assassine.

Henri BAILE
Mairie de Saint-Ismier
Seul le prononcé fait foi

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Henri BAILE maire de saint-ismier