Des droits et des devoirs

La mort de deux adolescents à Clichy-sous-bois et l’assassinat d’un père de famille sous les yeux de sa fille et de sa femme ont suscité chagrin, colère et indignation. L’embrasement des banlieues, dès le lendemain, appelle à faire preuve de réalisme… Nous voilà, à nouveau, confrontés à la fracture sociale.

À l’évidence, nous n’avons pas réussi à intégrer une partie de la jeunesse issue de l’immigration et à juguler la violence qui en découle. Il serait cependant indécent de chercher à désigner un responsable pour lui faire endosser tous les maux. Nous sommes tous responsables à un degré ou à un autre : nos politiques d’immigration, d’urbanisme, d’enseignement, nos petites lâchetés quotidiennes et nos égoïsmes…

Aujourd’hui, devant l’agitation des quartiers, il y a mieux à faire que de jouer, comme certains, à commenter les peurs et les désordres pour essayer d’en tirer un avantage politique. Ce jeu se fait au mépris des pères de famille, immigrés ou non, dont le seul souci est de pouvoir élever leurs enfants dans la dignité et leur assurer un avenir.

– Il y a mieux à faire que de se répandre en incantations ou en propos démagogiques.
– Il ne suffit pas de voter des crédits pour répondre au désespoir.
– Il ne suffit pas que l’ordre républicain soit rétabli pour que règne la paix civile, il faut aussi que se dessine un Avenir partagé.

Cessons de nous cacher derrière des périphrases et avouons-nous que le « modèle social à la française » s’est peut-être beaucoup « américanisé » ? Ou que certains le refusent délibérément ?

À la vue de ce qui vient de s’exprimer dans nos banlieues, comment ne pas penser aux émeutes de LOS-ANGELES en 1965 ? L’analogie est frappante, choquante certes, mais elle doit nous interroger. Les violences en banlieue ne sont pas une étape de transition comme on pouvait encore le croire en France, il y a 20 ans, mais un état de fait installé. On connaît la base des problèmes : une non-intégration, la déscolarisation, le chômage, l’économie parallèle. Une situation qui profite aux extrémismes politiques de gauche et de droite, aux activistes religieux…

Aujourd’hui, la situation civile et économique de certains immigrés ressemble à celle des noirs américains des années soixante. Certes, direz-vous, il n’y a pas discrimination et ségrégation formelles, mais dans les faits, au quotidien, c’est à s’y méprendre… Beaucoup d’entre eux, fils et petits-fils d’immigrés, se trouvent relégués aux marges de la société française. Souvent chômeurs, sans formation, ils inspirent plus souvent la peur que la sympathie.

Ce ne sont pas seulement des mesures administratives et financières qui changeront, à elles seules, la situation. Ce ne sera pas le « tout social » ou le « tout répressif ». Ce n’est qu’une profonde mutation des regards de chacun qui pourra apporter une espérance. Des Droits, certes… mais aussi des Devoirs. Le devoir de respecter les lois de la République pour les uns, le devoir de regarder les réalités en face pour les autres.

Depuis 20 ans, trop de jeunes n’ont pas su trouver leur place dans notre société de consommation.

Ne nous payons pas de mots, ce n’est pas aux autres d’apporter des solutions. C’est à chacun d’entre nous qu’il appartient d’éduquer ses propres enfants et de leur enseigner la règle. C’est à chacun d’entre nous qu’il appartient, par un engagement résolu, de travailler à la réforme de l’ensemble du pays. C’est à chacun d’entre nous qu’il appartient de rappeler, sans cesse, que c’est à l’école et dans l’apprentissage que se forment les citoyens. Celui qui sait penser et dessiner la maison n’est rien sans celui qui sait la construire. C’est ensemble que nous l’habiterons.

Henri BAILE
Mairie de Saint-Ismier
Seul le prononcé fait foi

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Henri BAILE maire de saint-ismier