Les voisins de Madame DURAND

Devant la révélation de l’insécurité à Grenoble, le monde politique semble découvrir aujourd’hui, dans le quartier de la Villeneuve, à côté d’un nombre impressionnant de réussites de l’intégration, ceux qui ont été abandonnés par la nation, par leur pays d’origine et par leur famille.

Confrontés à cette situation, afin de ne pas manquer l’événement, certains élus s’égarent dans les formules, gloses et commentaires… Mais ne nous laissons pas abuser par le sens des mots et la valeur des symboles.

Béate et angélique, la gauche grenobloise qui joue à diaboliser en permanence les questions qui touchent à la sécurité et à l’immigration, dès lors que c’est la droite qui en parle, ferait bien de méditer ces mots de Pierre BÉRÉGOVOY s’adressant à François MITTERAND « Cher président, permettez-moi de rappeler la leçon apprise de mon enfance roturière : les victimes de l’insécurité, ce sont les pauvres, pas les nantis »…

Tout comme ceux qui tendent à transformer un naufrage social et l’insécurité en un débat sur le racisme et la xénophobie feraient mieux de rassembler la nation sur les vraies valeurs et le respect des lois qui sont la gloire et la grandeur de notre histoire.

Si la sécurité est un enjeu de justice pénale, elle est aussi un enjeu de justice sociale. Quelle que soit leur origine, ce sont toujours les plus fragiles et les moins favorisés qui en sont les premières victimes, ceux qui n’ont que peu d’espoir d’ascension sociale par les voies de l’excellence républicaine.

Dans nos quartiers, voisins de Monsieur DUPONT et de Madame DURAND, ils sont nombreux les Français issus de l’immigration à se retrouver dans cette catégorie et à partager ce difficile héritage.

Avant de gesticuler, il convient de relire les textes fondamentaux de notre vivre ensemble républicain : Le programme du Conseil National de la Résistance du 15 septembre 1944 que Charles DE GAULLE avait placé, à sa création, sous la présidence de Jean MOULIN. La Déclaration des Droits de l’Homme adoptée par l’assemblée générale de l’ONU, le 10 décembre 1948 ainsi que la Constitution du 4 octobre 1958 que le peuple français a approuvé par référendum le 28 septembre de cette même année.

Face à l’ardente obligation de lutter contre les voyous, la violence et l’insécurité, évitons de cultiver le ressentiment et la haine avant qu’ils ne deviennent le dernier ciment du contrat social. Oui, il faut rétablir l’ordre républicain, sans angélisme.

Non, on ne tresse pas la mèche du fouet avec le brin sécuritaire et celui de l’identité nationale. On ne touche pas, fût-ce par ruse ou tactique, à certains principes, sinon c’est le socle de la République, ce bien commun de tous les Français qui se met à vaciller.

À Grenoble, si les élus, quels qu’ils soient, veulent bien se souvenir de cela, ils feront honneur à leur mandat. Sinon, ils courent le risque de n’être que de bien tristes agitateurs de formules… On ne répond pas à des questions graves par des coups de menton. Les faits sont suffisamment inquiétants pour qu’ils ne soient pas parasités par des considérations politiciennes.

Dans ces circonstances, il nous appartient de trouver cette difficile alchimie, le chemin qui mène à la raison, à la sérénité et à la paix sociale. À nous, en concertation avec les militants associatifs et les institutions, de transformer au nom de la nation, les enfants de ceux qui sont venus chercher refuge chez nous, tous les enfants, en héritiers de la République.

Henri BAILE
Mairie de Saint-Ismier
Seul le prononcé fait foi

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Henri BAILE maire de saint-ismier