Émotion et souvenir le discours du 8 mai

Depuis 27 ans que nous habitons Saint-Ismier, nous avons régulièrement participé aux cérémonies commémoratives des deux conflits mondiaux, avec nos 4 jeunes fils, avant qu’ils ne partent faire leur vie ailleurs que dans notre village. Leur mère étant américaine, l’évocation de la bannière étoilée et du drapeau français était toujours source d’une émotion accrue.

Si le 8 Mai 1945 est dans notre calendrier la date qui marque la victoire des alliés sur l’Allemagne nazie et la fin de la seconde guerre mondiale en Europe, ce 8 Mai 2014 aura été pour moi une journée particulière… Face à la tombe du doyen GOSSE, à la plaque André LAGIER, ou sur la place du village devant le monument aux mort, l’écharpe tricolore sur la poitrine, face à mes concitoyens, plus qu’à tout autre moment, j’ai ressenti charnellement le poids des symboles et la responsabilité de la charge.

C’est tout naturellement qu’au regard de l’éthique républicaine et en toute amitié j’ai spontanément proposé à Lucile FERRADOU, notre ancien maire, de se joindre à moi pour que, ensemble, nous déposions la gerbe de fleurs de la commune au pieds du monument aux morts.

Messieurs les Présidents d’associations d’anciens combattants
Messieurs les anciens combattants
Messieurs les officiers et sous-officiers de la gendarmerie et des Pupilles de l’air
Messieurs les porte-drapeaux
Mesdames, Messieurs les conseillers municipaux
Mesdames, Messieurs,

« La guerre est gagnée. Voici la victoire. C’est la victoire des Nations Unies et c’est la victoire de la France. L’ennemi allemand vient de capituler devant les armées alliées de l’Ouest et de l’Est. » Tels furent les premiers mots de l’allocution radiophonique du Général de Gaulle le 8 mai 1945.

En écho dans chaque village, dans chaque ville a résonné la Marseillaise pour célébrer la fin d’un terrible calvaire dont personne ne mesurait véritablement l’ampleur. Vous êtes nombreux aujourd’hui parmi nous à avoir vécu ces instants et pouvoir témoigner. Nous qui sommes nés après ces moments terribles, nous avons le devoir d’en transmettre la mémoire pour que plus jamais une traction avant noire traversant un village ne devienne synonyme de violence et d’horreur…

Cette guerre a ravagé toute l’Europe durant six terribles années. Elle s’est poursuivie durant de longs mois en Asie et dans le Pacifique.

Elle aura fait entre 60 et 70 millions de morts de par le monde et plusieurs millions de blessés marqués à vie dans leur cœur et dans leur chair. En 1945 la France pleure 600 000 morts et compte des millions de personnes déplacées, sans abri ni ressources.
Car au conflit militaire entre Nations, s’est ajoutée une persécution systématique, méthodique de populations civiles, hommes, femmes, enfants parce qu’ils étaient juifs, parce qu’ils étaient slaves, parce qu’ils étaient tziganes, parce qu’ils étaient opposants politiques, parce qu’ils étaient homosexuels, parce qu’ils étaient handicapés ou tout simplement parce qu’ils étaient au mauvais endroit au mauvais moment !
Tous pourchassés, déportés, ou fusillés avec une seule volonté, celle de nier leur humanité et de les réduire au silence. Ce fut le cas du doyen GOSSE assassiné ici à Saint-Ismier avec son fils, en décembre 1943, lui qui après avoir servi comme adjudant en 14/18 croyait avoir vécu la << der des ders >>. Ce fut aussi le sort réservé à André LAGIER membre des FFI, compagnie Stéphane, tombé le 29 juin 1944 à l’âge de 23 ans.

Aujourd’hui, abandonnés à nos égoïsmes, dans une France en paix, nous avons le devoir de penser à eux, mais aussi à ces soldats de l’armée d’Afrique, aux soldats des armées alliées venus parfois donner leur vie sur le sol de France.

Nous avons le devoir de penser aux membres des Forces Françaises Libres, à tous les combattants de la résistance qui luttèrent contre l’ennemi avec une totale abnégation.

Nous avons le devoir de penser à tous ces hommes qui refusèrent d’aller en Allemagne, réfractaires au Service du Travail Obligatoire et qui ont pris les armes. Nous avons le devoir de penser à toutes ces femmes qui, un message cousu dans la doublure d’une veste ont sauvé une famille entière de compatriotes pourchassés, parce que nés juifs. Nous avons le devoir de penser à cette armée des ombres qui a contribué à chasser l’armée d’occupation de notre pays et à rendre leur liberté aux pays européens.

Le 25 mai prochain, dans un monde en crise économique et sociale et une France en profonde mutation, chacune et chacun d’entre nous aura la liberté, par son vote, de choisir l’Europe à laquelle il aspire. Mais, face à la montée des partis extrémistes dans toute l’ Europe, chacune et chacun d’entre aura aussi, en conscience, le devoir de se souvenir de cette phrase de François Mitterrand « Le nationalisme, c’est la guerre ».

Imaginez ce que pourrait être la situation des pays baltes où vivent des millions de russophones s’ils n’étaient pas dans l’union européenne et dans l’OTAN…

L’actualité et ce qui se passe partout dans le monde – en Crimée en particulier – nous rappelle que la paix n’est pas un acquis pour toujours. Il nous appartient donc d’enseigner aux nouvelles générations à quel point c’est un bien précieux et fragile.

Cette journée nationale est l’occasion de rappeler que la mémoire de ces événements doit vivre, et qu’elle doit leur être transmise.

À ce titre, je préfère parler de célébration du 8 mai 1945 plutôt que de commémoration. Je crains en effet que la commémoration soit le contraire de la mémoire, que la commémoration soit un passé que l’on enterre une nouvelle fois dans le formalisme. Alors que la célébration, c’est la mémoire du passé que l’on fait revivre, c’est du passé auquel on redonne du sens, c’est du passé pour l’avenir.

Célébrer le 8 mai 1945, comme on célèbre un anniversaire en famille, c’est honorer les résistants, déportés ou anciens combattants, en rappelant leurs engagements, leur courage et leurs sacrifices mais c’est aussi offrir à leurs enfants, à nos enfants, l’occasion de situer cette mémoire dans leur présent et leur avenir.

À ce titre, je voudrais remercier nos enseignants, ainsi que Françoise VIDEAU, maire adjoint en charge de la vie scolaire et Sandrine IDIER, première adjointe, pour avoir accompagné les anciens combattants qui sont venus témoigner auprès de nos enfants, afin qu’ils comprennent que la liberté et la paix sont un héritage que nous devons protéger et transmettre. Rien n’est jamais acquis à l’homme, ni sa liberté, ni la paix. Jean-Guy FINE qui vient d’être décoré de la croix du combattant en est un autre témoin.

Aujourd’hui encore, des conflits, en Afrique, en Asie mineure et aux portes de l’Europe nous appellent à la vigilance, gardons les yeux ouverts pour rester des acteurs de la paix, ne trahissons pas nos devoirs par égoïsme ou indifférence.

Je vous remercie de votre présence et de votre écoute.

Henri BAILE
Mairie de Saint-Ismier
Seul le prononcé fait foi

Henri BAILE maire de saint-ismier