Discours du 8 Mai 2016

En dehors du fait qu’il soit férié, le 8 mai est pour la France un jour aux significations multiples. Il rappelle tout d’abord la victoire des alliés : Union Soviétique, Etats-Unis, Royaume-Uni, France Libre sur le théâtre européen… Mais il est aussi lié au souvenir tragique des massacres de Sétif en Algérie et aux célébrations honorant la mémoire de Jeanne d’Arc qui délivra Orléans des anglais le 8 mai 1429.

S’il a été adopté chez nous comme le jour de commémoration de la capitulation de l’Allemagne lors de la seconde guerre mondiale, la réalité est nettement plus subtile.D’abord, parce qu’il ne marque la fin de la seconde guerre mondiale qu’en Europe. Le conflit s’est poursuivi encore pendant quatre mois dans l’océan Pacifique, entre le Japon et les Etats-Unis. Ensuite, parce qu’après le suicide d’Adolph Hitler, le 30 avril, dans son bunker de la chancellerie, tandis que les soldats soviétiques sont dans Berlin et les troupes américaines dans Paris, différents actes de capitulation ont été signés à différents moments et en différents lieux, entre le 7 et le 9 mai 1945…

Le premier document de capitulation est signé la nuit du 6 au 7 mai à Reims qui était alors le quartier général des forces alliées. Le second document de capitulation est signé le 8 mai à Berlin, cette fois en présence du commandant suprême de l’armée rouge, ce qui en fonction des fuseaux horaires correspond au 9 mai pour Moscou. Ainsi, se manifeste la complexité des relations entre l’histoire et la politique et de ce que chacun veut bien en retenir…

Mais, au delà des arrières pensées politiques et de la géostratégie, ceux d’entre vous qui ont vu sur les routes de France nos compatriotes fuir l’armée allemande ou ceux qui ont croisé dans la nuit l’ombre d’un maquisard se souviennent des cloches de l’église de Saint-Ismier.
Comme dans toutes les communes de France, à 15 heures, le 8 mai 1945, elles se mirent à sonner à toute volée pour annoncer la capitulation sans condition de l’armée allemande. Le même jour, le général DE GAULLE annonçait à la radio la cessation officielle des hostilités en Europe. Tous deux célébraient la paix retrouvée… C’était il y a tout juste 71 ans.

Ce 8 mai 2016 peut nous apparaître comme une commémoration singulière. Voire pour certains comme un simple jour chômé, dans l’indifférence. Il nous invite cependant, dans le fracas du monde, sur fond de crise des réfugiés, de violences terroristes, de fascisme islamiste et face aux rassemblements « nuits debout » à reconsidérer quelques unes des questions les plus fondamentales de la philosophie politique et de l’engagement citoyen.

Je n’ai pas de réponse simple à ces questions, mais il m’importe d’élever les termes du débat en l’abordant sur la base de principes plutôt que de la seule peur de l’avenir. Il me paraît important aujourd’hui de nous interroger pour savoir si le patriotisme est une vertu ou un vice ? Que veut dire le mot citoyen ? Que signifie, en 2016, le verbe « résister » ? N’attendez surtout pas la réponse à ces questions essentielles de la part des partis politiques établis, car aujourd’hui, le discours public est en grande partie vide de sens moral. Il consiste, la plupart du temps, soit en prise de paroles technocratiques étroites ou incantatoires, au gré des opportunités, soit en empoignades entre partisans qui parlent les uns à côté des autres sans s’écouter. La réponse morale est dans l’exemple donné par ceux qui ont choisi de rester debout alors que patrouillait la milice et résonnait le bruit des bottes.

Nous avons l’occasion de croiser leur souvenir tous les jours dans les rues de Saint-Ismier. Ils nous rappellent qu’être citoyen, qu’être patriote, que résister, n’est pas affaire d’héroïsme, mais bien plutôt de fidélité à soi-même, de responsabilité devant autrui, d’obligation vis à vis d’un idéal et d’une éthique, reçus en héritage. Au cœur de notre village, cet héritage s’incarne dans le monument du Doyen René GOSSE, résistant « Pour le meilleur et pour le pire… » ainsi qu’il le disait lui-même. Il a été arrêté à son domicile de La Tronche, dans la soirée du 21 décembre 1943, avec son fils Jean. Leurs deux corps ont été retrouvés le matin du 22 décembre, au pied du torrent du Manival.
Cet héritage, nous est également révélé par la plaque en mémoire d’André LAGIER de la compagnie Stéphane. Membre des FFI, il est tombé le 29 juin 1944 à l’âge de 23 ans. Blessé au cours d’un accrochage, après avoir été dépouillé, il a été achevé d’une balle dans la tête par un soldat allemand, en haut de l’avenue de l’église.

Comme beaucoup d’autres dont les noms figurent sur nos monuments aux morts ou des plaques au bord des routes, ils avaient refusé Vichy et la soumission. Ils avaient choisi de rester fidèles à leurs valeurs et à leur éthique. Leur message signifie selon ERASME que « l’homme ne nait pas homme, mais qu’il le devient ». A quoi André MALRAUX ajoute qu’il le devient par le dialogue avec la partie la plus haute de lui-même.
L’engagement du Doyen René GOSSE ou d’André LAGIER est le fruit de ce dialogue avec la partie la plus haute d’eux-mêmes. Il se situe aux antipodes de l’égoïsme. Il est un élément de réponse à nos interrogations sur le sens du mot citoyen et le prix du vivre ensemble à l’échelle des nations. Leurs actes de résistance nous invitent à réfléchir sur la descente infernale dans la barbarie que nous avons connue à travers le nazisme et le communisme mais qui ressurgit aujourd’hui à travers l’islamisme radical.C’est pourquoi, au risque de bafouer notre mémoire collective, nous avons le devoir de considérer la journée du 8 mai autrement que comme un jour férié.

C’est de patriotisme, de citoyenneté, de liberté et de respect de ceux qui ont construit notre Histoire qu’il est question à travers cette commémoration. La tradition d’un rassemblement citoyen chaque année, le 8 mai, est une lumière qui éclaire la nuit de nos égoïsmes.
C’est une vigie qui nous rappelle, les paroles de Jean JAURES : « La tradition, ce n’est pas de conserver les cendres, c’est d’entretenir la flamme ». Il nous appartient donc de ne pas laisser cette flamme s’éteindre.

Au moment où l’Europe se met à douter d’elle-même, nous n’avons pas le droit de céder à une confortable mais dangereuse amnésie. Nous avons le devoir de penser à René GOSSE, à André LAGIER et à tous ceux qui sont morts dans les camps de concentration ou sur les champs de bataille. Leur mémoire doit nous aider à garder une conscience politique qui nous protège des fanatismes et des populismes de tous ordres qui naissent en Europe aujourd’hui.

Je vous remercie.

Henri BAILE
Mairie de Saint-Ismier
Seul le prononcé fait foi

Fiers et heureux d’accueillir parmi nous Le lieutenant-colonel américain Howard B. BRILEY, un vétéran de la deuxième guerre mondiale dont nous célébrons aujourd’hui la fin des combats en Europe. Débarqué sur les côtes de Normandie à Utah Beach en juin 1944 spécialiste des télécommunications et des radars, il a suivi l’armée du général PATTON jusqu’à Paris. Il a ensuite été envoyé en mission spéciale en Allemagne pour étudier le système de défense anti aérienne du troisième Reich. À épousé une Française et il vit aujourd’hui à Divonne-les-Bains.

Morts au Mali : Au moment où nous sommes rassemblés dans la sérénité de ce dimanche à Saint-Ismier, des soldats français patrouillent dans les déserts du Mali pour contenir les troupes de Daech et l’islamisme radical.
Le première classe, Mickaël POO SING, 19 ans
Le Brigadier, Mickaël CHAUWIN, 20 ans
Le maréchal des logis, Damien NOBLET, 31 ans

Y ont trouvé la mort il y a peu de jours. En leur mémoire, je vous demande de bien vouloir observer une minute de silence.

Henri BAILE maire de saint-ismier